‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 80 sur 285 · GUERRE D’INDÉPENDANCE DE LA POLOGNE · texte numérisé non relu

GUERRE D’INDÉPENDANCE DE LA POLOGNE

Mais avant que cette exécution eût lieu, un temps assez long s'écoula pendant lequel je fus livré à des impressions dont il me faut parler. Ma vie d'étudiant, courte et violente, m'avait non seulement enlevé le goût de toute étude artistique, elle avait aussi éteint tout intérêt pour les choses du monde et de l'intelligence. Ainsi que je l'ai fait voir, je n'étais jamais resté complètement étranger à la musique ; mais alors l'attrait que m'inspira la politique contribua à faire germer en moi le dégoût de ma stupide existence de débauché, de telle sorte que celle-ci ne me laissa bientôt plus que la sensation que laisse un cauchemar.

La guerre d'indépendance de la Pologne contre la tyrannie russe m'inspira un enthousiasme croissant, et les quelques succès des Polonais en mai 1831 me comblèrent de joie et d'étonnement. Il me semblait que, par un miracle, le monde était créé à nouveau. Aussi la nouvelle de la défaite d'Ostrolenka me bouleversa-t-elle comme si ce monde retombait dans le chaos. J'étais surpris de ce qu'au cabaret, dès que je me mettais à parler de ces événements, mes condisciples me répondissent d'une façon brutale et moqueuse ; les vilains côtés des usages de ces « compatriotes allemands » se révélaient peu à peu à moi. Par principe, on étouffait chez eux toute espèce d'enthousiasme et on le remplaçait par une bravade pédante et sèche et un manque affecté de sensibilité. S'enivrer de sang-froid, faire des dettes, avait à leurs yeux une valeur presque égale à celle du courage dans le duel. Plus tard, j'ai mieux compris la signification élevée des corporations d’étudiants ; alors je ne vis que

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