‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 82 sur 285 · FÊTE DU 3 MAI · texte numérisé non relu

FÊTE DU 3 MAI

moyen de sauver de leurs propriétés et obtenir du gouvernement autrichien un passeport qui permît à son mari de la rejoindre.

Le 3 mai arriva. Dix-huit Polonais, qui se trouvaient encore à Leipzig, se réunirent pour fêter cet anniversaire de la fondation de leur constitution. Ils s offrirent un banquet dans une auberge des environs de la ville. Les présidents du comité de secours pour les Polonais étaient seuls invités. Moi, j’y avais été convié par affection et amabilité spéciales. Ce fut un jour inoubliable. Le repas devint un festin pendant lequel une fanfare de la ville joua sans interruption des airs populaires polonais. La société se joignit à la musique et entonna ses chants d’allégresse et de douleur, que dirigeait un Lithuanien nommé Zan.

Le bel air patriotique du Trois Mai excita spécialement un profond enthousiasme. Les pleurs et les cris de joie augmentèrent et il y eut un tumulte effroyable ; puis les assistants se rendirent au jardin, et, couchés sur i le gazon, ils formèrent des groupes langoureux, et dans leur langage somptueusement imagé retentissait à satiété le mot « Oiczisna », patrie. Enfin, le voile d’une généreuse ivresse couvrit le tout de son ombre. Plus tard, je donnai au rêve de cette nuit la forme d’une composition orchestrale ; c’est une ouverture du nom de Polonia . Je dirai à l’occasion la destinée de cette œuvre.

Mon ami Tyskiéwitsch reçut son passeport. Il avait l’intention de se rendre en Galicie en passant par Brünn, ce que ses amis trouvaient risqué. Le désir de voir le monde s’était éveillé en moi. Tyskiéwitsch m’ayant offert

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