LIVRET D’OPÉRA DE LAUBE : « KOCZIUSKO
L’impression que me fit Laube fut des plus stimulantes et je fus presque étonné de la façon catégorique dont il se prononça en ma faveur. Après la première audition de ma symphonie, il ne craignit pas d’affirmer dans son journal la valeur de mon talent musical. Cette audition eut lieu au commencement de l’année 1833 , à l’« Auberge des Tailleurs », à Leipzig. La société « Euterpe » s’était retirée dans ce vénérable local, et c’est dans une salle laide, étroite et piteusement éclairée que ma symphonie fut présentée au public de Leipzig. Cette soirée est restée dans ma mémoire comme un affreux rêve fantastique. Je fus d’autant plus surpris de l’accueil bienveillante que Laube fit à mon œuvre. C’est donc plein d’espoir que j’attendis l’audition suivante, qui devait avoir lieu dans la salle du « Gewandthaus ». Là, tout se passa, en effet, de la façon la plus brillante et la plus satisfaisante. L’accueil du public fut favorable, tous les journaux parlèrent de moi, aucun n’eut de méchanceté voulue, quelques-uns étaient encourageants, et Laube, devenu très rapidement célèbre, déclara vouloir me céder un libretto qu’il avait destiné à Meyerbeer. Ceci m’effraya. Je ne songeais nullement, il est vrai, à me poser en poète, et je n’avais d’autre intention que d’écrire un livret d’opéra à mon gré. Mais, précisément, ce que devait être ce livret, je le savais seul, d’instinct et sûrement. Lorsque Laube me confia le sujet du sien, je fus plus effrayé encore. Il ne voulait rien moins que de m’arranger la vie de Kocziusko pour un grand opéra. Je devinai immédiatement que Laube se faisait illusion sur le caractère d’une action dramatique. Quand je demandai à 1 écrivain