‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 92 sur 285 · LES FÉES · texte numérisé non relu

LES FÉES

en quoi consisterait cette action, il fut très surpris de ce que je réclamais autre chose que l’histoire extraordinairement mouvementée du héros polonais, dans laquelle se reflétait le malheur de tout un peuple. Au demeurant, la Polonaise quelconque, amoureuse d’un Russe, n’y manquerait pas, et, tout naturellement, des conflits tragiques éclateraient entre les amants.

Je déclarai immédiatement à ma sœur Rosalie ne rien vouloir composer sur ce sujet ; elle m’approuva et me pria seulement de différer encore de le dire à Laube. Mon départ pour Wurtzbourg, qui survint bientôt après, me facilita l’expression de mon refus. Je fis savoir à Laube ma décision par écrit. Il supporta avec bonne humeur cette petite blessure d’amour-propre. Mais il ne m’a jamais pardonné d’écrire mes poèmes moi-même. Son dédain se manifesta particulièrement quand il apprit le sujet que j avais préféré à son brillant libretto politique. Je l’avais tiré d’un conte dramatique de Gozzi : la Donna serpente , et je l’avais arrangé sous le titre : les Fées. Je choisis le nom de mes personnages dans les poésies d’Ossian et œuvres semblables. Mon héros était le prince Arindal. Il était aimé de la fée Ada, qui le retenait loin de ses États dans son royaume enchanté. Les fidèles sujets du prince vont à sa recherche et finissent par le retrouver. Pour le décider au retour, ils lui annoncent que son pays est tombé aux mains des ennemis. Seule, la capitale résiste encore. La fée amoureuse le renvoie elle-même dans sa patrie, car un arrêt du destin la condamne à rester fée jusqu’à ce que son amant ait triomphé des épreuves ardues qu’elle doit lui imposer. S’il en sort

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