‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 94 sur 285 · VOYAGE A WURTZBOURG · texte numérisé non relu

VOYAGE A WURTZBOURG

certainement pas, puisqu’il s’agit d’attendrir une pierre, la pierre qui sert de prison à Ada. Quand il se trouve devant cette forme humaine pétrifiée, Arindal prend la lyre que le sorcier lui avait fait emporter sans lui en dire le but. Aux sons de cet instrument, il chante sa douleur, et ses plaintes sont si touchantes que la pierre s’attendrit. Ada est délivrée, et le royaume des fées et du bonheur s ouvre aux deux amants. Si Ada, à cause de sa désobéissance, ne peut devenir mortelle, Arindal, par sa valeur, a mérité d’être immortel.

Tandis que, dans la composition des Noces, j’avais renoncé à tout enjolivement et présenté le sujet dans ses couleurs uniment sombres, j’introduisis dans celui-ci toute la variété possible. A côté du couple idéal, il y avait celui des amants réalistes et même celui des amoureux comiques et grossiers, dans les rôles de suivante et d’écuyer. Quant à la forme et aux vers, je procédai avec une négligence presque voulue. Je ne tenais nullement à satisfaire mon ancien désir de gloire poétique ; à présent, j’étais « musicien # et « compositeur ». Je n’avais d autre but que de faire un libretto à ma convenance, un libretto d’opéra étant un genre à part, que les poètes et les littérateurs ne sauraient traiter de la manière voulue.

Je quittai Leipzig en janvier 1833, avec l’intention de mettre ce livret en musique. Je me rendis à Wurtzbourg pour voir l’aîné de mes frères, Albert, alors attaché au théâtre de cette ville. Il me semblait que le moment était venu d’exercer pratiquement mes capacités de musicien. Mon frère devait m’en procurer l’occasion dans le petit théâtre de Wurtzbourg. ParHof, j’arrivai en poste

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