‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 99 sur 285 · FRÉDÉRIQUE GALVANI · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIQUE GALVANI

toute rustique ; on but, on dansa, et j'essayai même de me rappeler mon ancienne habileté sur le violon, mais je ne réussis seulement pas à tenir le second violon à la satisfaction du modeste orchestre. Mes succès personnels n'en furent que plus grands auprès de la bonne Frédérique. Dans une sarabande endiablée, je traversai plusieurs fois avec elle les rangs des paysans ; puis, l'animation générale ayant supprimé certaine retenue et l'occasion y aidant, nous en arrivâmes involontairement à nous caresser et à nous embrasser, tandis que l'amoureux officiel jouait la musique de danse. Pour la première fois de ma vie, j'éprouvai un sentiment d'amour-propre satisfait en constatant que le fiancé, bien qu’il remarquât les innocentes tendresses que Frédérique m'octroyait, ne tentait même pas de les lui défendre et se résignait à son sort. Jamais, jusque-là, je n'avais eu l'occasion de m'apercevoir que je pouvais faire une impression favorable sur une jeune fille. Je n'avais pas la moindre illusion sur mon extérieur, qui n'attirait pas les regards des femmes. Mais j'avais peu à peu acquis une certaine assurance dans mes rapports avec les compagnons de mon âge. Une vivacité peu commune, une excitabilité toujours prête avaient fait naître en moi le sentiment d’être supérieur à tous et j'éprouvais le besoin d'entraîner ou d'étourdir les plus indolents. En observant la douleur résignée du malheureux hautbois lorsque sa fiancée se rapprochait de moi, tout enflammée, je compris que je valais quelque chose aux yeux des femmes aussi bien qu'à ceux des hommes.

Le vin de Franconie acheva de troubler les esprits, et,

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