FRÉDÉRIQUE GALVANI
fausses qu’elle enroulait dans les torsades de ses cheveux. Resté seul à Wurtzbourg, je donnai à Thérèse des leçons de chant d’après une vague méthode que je ne comprends pas encore aujourd’hui. J’allais fréquemment chez elle, et si je ne rencontrais jamais son macabre père, je voyais toujours sa mère et sa sœur. Nous nous retrouvions souvent dans les promenades publiques, mais une gêne peu honorable m’empêchait d'avouer ma liaison amoureuse à mes camarades. Était-ce à cause de la situation modeste de la famille ou à cause de l’éducation par trop insignifiante de Thérèse? Je ne saurais le préciser. Je sais seulement que lorsqu’on me pressa de me déclarer, et que de mon côté je devins jaloux, ces relations cessèrent sans laisser de traces.
Un sentiment plus profond me ha à Frédérique Galvani, fille d’un mécanicien. Son origine italienne était très prononcée. Les dispositions musicales qu’elle montrait et sa voix flexible et caressante avaient poussé mon frère à la prendre sous sa protection et à lui faciliter ses débuts au théâtre, où elle réussit assez bien. Petite de taille, avec de grands yeux noirs et une nature tendre et passionnée, elle avait su gagnerl’amour sérieux d’un brave musicien, le premier hautbois de l’orchestre. On le disait son fiancé. Mais certaines circonstances de son passé empêchaient le jeune homme de se présenter chez les parents de Frédérique avant que tout fût en règle pour un mariage projeté et longtemps différé. L’automne de cette année, je fus invité avec quelques amis à une noce campagnarde aux environs de Wurtzbourg. Le joueur de hautbois et sa fiancée en étaient aussi. La gaieté y fut