DÉLIBÉRATIONS A PROPOS DE L’ENTREPRISE
joignit un banquier chrétien. On se remua de nouveau pour notre idée, on lança des appels de tous côtés, on fit des plans et Ton se réunit surtout licquemment en séance.
Je me retrouvai Tantagoniste de mon chef, M. de Lüttichau ; il aurait bien voulu, s'en rapportant à la prétendue volonté du roi, me signifier une défense pure et simple de participer à Tentreprise, mais il savait par 1 expérience de l'aubade de Pillnitz que (suivant l'expression populaire qu'il employait) on se brûlait toujours les doigts à me chercher querelle. L'antipathie du roi pour le projet n'était pas sérieuse; le souverain lui-même devait se dire qu'il ne pourrait empêcher la chose. S'il le fallait, on l’accomplirait sans le concours officiel et la cour s’attirerait des hostiUtés en empêchant ouvertement le Théâtre royal, auquel avait appartenu Weber, d'y prendre part.
M. de Lüttichau, convaincu que l'affaire ne se ferait pas sans mon aide, essaya donc de m'en détourner par des observations amicales. Il me représenta qu'il ne pouvait consentir à rendre des hommages exagérés à la mémoire de Weber, tandis que personne ne songeait à aller chercher en Italie les cendres de Morlacchi qui, cependant, avait bien plus mérité de l'orchestre royal. A quelles conséquences arriverait-on? Supposé que Reissiger mourût pendant son congé, sa femme aurait tout autant de droits que Mme de Weber (qui, du reste, lui avait causé assez d'ennuis) à exiger qu'on ramenât en grande pompe le corps de son mari. Je cherchai à le tranquilliser et, si je ne parvins pas à lui montrer les