‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 101 sur 276 · MUSIQUE FUNÈBRE · texte numérisé non relu

MUSIQUE FUNÈBRE

différences qui existaient dans les cas qui le troublaient, je réussis à le persuader de laisser les choses suivre leur cours. On y était d'ailleurs bien obligé, puisque le Théâtre royal de Berlin avait annoncé une représentation à notre bénéfice. Meyerbeer, auquel, sur la demande de mon comité, on s'était adressé, fit]o\xQr Euryanthe, représentation qui rapporta la belle somme de deux mille thalers. Quelques autres scènes suivirent cet exemple, de sorte que le théâtre de la cour de Dresde ne pouvait vraiment pas rester en arrière. Bientôt il nous fut possible de faire toucher à notre banquier un capital qui suffisait aux frais de la translation ainsi qu'à ceux d'un caveau particuher avec monument convenable. Il nous resterait même un fonds qu'on consacrerait à la future statue de Weber,

L'ainé des deux fils qu'avait laissés le maître se rendit lui-même à Londres. Il ramena les cendres de son père sur un bateau qui remonta l'Elbe jusqu'au débarcadère de Dresde où elles touchèrent pour la première fois la terre allemande. Le transport devait avoir lieu le soir et être accompagné d'un imposant cortège aux flambeaux. Je m'étais chargé de fournir la musique de la marche funèbre et je me servis pour cela de deux motifs de VEuryanthe. Je préludai parla « Vision des spectres » de l'ouverture, pour arriver à la cavatine : Hier dicht am Quell, à laquelle je ne fis d'autre changement que de la transposer en si bémol majeur; la reprise du premier motif, tel qu'il se retrouve à la fin de l'opéra, terminait la marche. J'avais orchestré ce morceau symphonique très bien combiné pour quatre-vingts ipstruments deéuivre choisis et.

132 ensevelissement dans la crypte

malgré cet ensemble puissant, j’avais veillé à la douceur des tons. Le lugubre trémolo des altos emprunté à 1 ouverture fut exécuté dans le plus léger piano par ^gt tambours assourdis et, déjà à la répétition au theatre, l’effet en fut si saisissant et. le souvenir de Weber si douloureux, que Mme Schrœder-Devrient, Uée jadis personnellement avec le maître, en éprouva une einotion profonde. J'étais en droit de me dire que jamais je n’avais mieux atteint le but que je m’étais proposé. L’exécution en pleine rue pendant le défilé du cortège solennel ne réussit pas moins bien. Le mouvement très lent, n’étant marqué par aucun signe rythmique, offrait des difficultés particulières ; aussi à la répétition avais-je fait débarrasser complètement la scène afin d’avoir de la place. Puis les musiciens ayant bien étudié le morceau, je les avais fait marcher en rond autour de moi pour s’exercer. Des spectateurs qui de leurs fenêtres virent arriver le cortège m’assurèrent que l’effet en fut indiciblement solennel.

Le sarcophage fut déposé dans la petite chapelle du cimetière catholique de Friedrichstadt, où Mme Schrœder- Devrient l’attendait avec une modeste couronne. Le lendemain, ü fut descendu en grande pompe dans la crypte qu’on lui avait préparée. Moi et le second président du comité, M. le conseiller de cour Schulz, nous eûmes l’honneur de prononcer l’oraison funèbre. La mort récente du fils cadet du maître, Alexandre de Weber, fournit à mon discours un sujet particulièrement émouvant. Le décès imprévu de ce jeune homme, à la fleur de l’âge, avait tellement ébranlé la mère que^.si notre entreprise n’avMt pas été si avancée, nous eussions dû

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