‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 105 sur 276 · CURE A MARIENBAD · texte numérisé non relu

CURE A MARIENBAD

laquelle on parlait de moi et de mon opéra avec une bienveillance significative ; on y disait que le libretto était écrit avec un indéniable sentiment poétique. Rempli d'espoir, je partis en juillet pour mes vacances d'été et me rendis d'abord à Marienbad en Bohême, où je voulais faire une cure qui m'avait été recommandée, de même qu'à ma femme.

Je me retrouvai donc sur le terrain volcanique de cette Bohême si curieuse et si stimulante pour moi. Un été magnifique, presque trop chaud, contribua à me rendre heureux. Résolu à mener une vie des plus tranquilles, telle que l'exigeait mon traitement médical, je n'avais emporté qu'une lecture facile : les poèmes de Wolfram d'Eschenbach arrangés par Simrock et San Marte, ainsi que l'épopée anonyme de Lohengrin avec la grande introduction de Gœrres. Un hvre sous le bras, je m'enfonçais dans la forêt, puis, allongé près d'un ruisseau, je me distrayais en compagnie de Titurel et de Parcifal, personnages des poèmes si étranges et pourtant si famihers de Wolfram. Mais bientôt le désir de donner une forme personnelle à ce que j'apprenais à connaître devint si violent que j'eus toutes les peines du monde à le dominer. On m'avait averti de ne me livrer à aucun labeur excitant pendant la période de ma cure. Un énervement croissant s'empara alors de moi. Lohengrin, dont la conception datait encore de mon séjour à Paris, se présenta soudain tout armé à mes yeux, avec tous les détails de la forme dramatique à donner au sujet. La légende du cygne surtout, en suite des études que j'avais faites depuis lors, rempht mon imagination d'un charme infini.

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