‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 136 sur 276 · SUCCÈS DE LA «SYMPHONIE» 1S · texte numérisé non relu

SUCCÈS DE LA «SYMPHONIE» 1S

A la répétition générale déjà, la salle fut bondée. Reissiger commit alors Tincroyable folie d'intriguer contre la symphonie auprès du public et d'essayer de le rendre attentif aux « désolantes erreurs » de Beethoven. Gade, au contraire, qui dirigeait à cette époque les concerts du « Gewandthaus » à Leipzig, et qui était venu nous écouter, m'assura après la répétition générale qu'il eût volontiers payé entrée double pour entendre une fois encore le récitatif des basses. Hiller, lui, prétendit que j avais été trop loin dans la modification des mouvements. J'ai compris plus tard ce qu'il avait voulu dire, à la façon dont il dirigea lui-même de spirituelles œuvres d orchestre; j'aurai l'occasion d'en parler.

Mais il n'y avait pas moyen de nier que le succès général ne dépassât toute attente, principalement auprès des non musiciens. Je me souviens d'un philologue, le docteur Kœchly, qui s'approcha alors de moi et m'avoua que, pour la première fois de sa vie, il lui avait été possible de suivre avec intérêt, d'un bout à l'autre, une composition symphonique. Quant à moi, j’éprouvai le sentiment réconfortant de posséder en moi les facultés et la puissance nécessaires pour mener à bien tout ce que j'entreprenais, quand je le voulais sérieusement. Mais il me restait à me demander pour quelles raisons je n'étais pas encore arrivé à mettre ces facultés au service de mes propres et nouvelles conceptions. J'avais obtenu le succès absolu avec la neuvième Symphonie de Beethoven, œuvre si problématique et si peu populaire, et pourtant mon Tannhàuser, chaque fois qu'il était représenté, m'apprenait que je n'avais pas encore trouvé le moyen

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