‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 135 sur 276 · CHŒUR DE TROIS CENTS CHANTEURS 1S · texte numérisé non relu

CHŒUR DE TROIS CENTS CHANTEURS 1S

confesser, plein de repentir, qu*il avait été jusqu'alors mon antagoniste, mais qu'après ce concert, il se comptait sans réser\’^e parmi mes amis. Ce qui l'avait, ajouta-t-il, absolument subjugué, c'était précisément la manière dont j'avais rendu ce fugato.

Je vouai aussi une attention particulière au passage si original, en forme de récitatif, des violoncelles et des contrebasses, qui s'entend au commencement de la dernière partie et qui, sous la direction de Pohlenz, avait jadis valu une si grande humiliation à mon vieil ami de Leipzig. Grâce à l'excellence de nos contrebasses, je pouvais être sûr d'arriver ici à la perfection absolue. Après douze répétitions spéciales avec ces instruments, je réussis à faire reproduire ce passage conlme s il était indépendant, en exprimant de façon émouvante la douceur la plus élégiaque ou la plus violente énergie.

Dès le début de mon entreprise, j'avais compris que cette symphonie ne pouvait avoir d'action entraînante et populaire, que si l'on arrivait a vaincre les difficultés extrêmes des chœurs dans un sens tout à fait idéal. Je reconnus qu'il y avait là des exigences qui ne seraient réahsées que par une masse de chanteurs enthousiasmés. Avant tout, il s'agissait donc de m assurer un ensemble considérable de voix. Notre chœur théâtral était renforcé habituellement par 1 ' « Académie de chant » un peu efféminée de Dreissig. Après avoir surmonté mille difficultés, je pus y adjoindre les élèves du « Lycée de la Croix » avec leurs excellentes voix de garçons, ainsi que le chœur du séminaire de Dresde, fort bien exercé pour le chant d'éghse.

iS6 NOUVELLE INSTALLATION DE L’ORCHESTRE

Je réunis, en de fréquentes répétitions, ces trois cents participants et, par un moyen à moi, je m’efforçai de les transporter dans un état de véritable extase. Je réussis, par exemple, à prouver aux bassistes que le célèbre passage : Seià umschlungen Millionen et surtout le : Brüder, üher*m Sternenzelt muss ein guter Vater wohnen, ne devait pas se chanter à la manière habituelle, mais que ce devait être un cri de vrai ravissement. Je me trouvais moi-même dans un tel enchantement que je finis par les entraîner tous et ne lâchai prise que lorsque ma voix, qui d’abord avait dominé toutes les parties, se perdit enfin comme noyée dans des flots d’ardente harmonie.

Quelle joie pour moi d’entendre le récitatif de baryton : Freunde, nicht diese Tône, que son étrange difficulté rend presque impossible à exécuter, chanté avec une expression saisissante par Mitterwurzer ! Nous l’avions étudié en l’examinant en commun, selon la méthode qui nous était devenue habituelle.

Mais j’eus soin aussi de m’assurer une acoustique excellente en faisant transformer complètement le local où je rangeai l’orchestre d’après mon nouveau système. L’argent destiné à régler ces frais ne fut pas facile à obtenir, on peut se le figurer ; mais je tins bon, et par une reconstruction de l’estrade, je parvins à concentrer l’orchestre dans le milieu et à l’entourer des nombreux chanteurs placés sur des gradins élevés en amphithéâtre. Pour le puissant effet du chœur l’avantage était énorme ; en même temps, les passages symphoniques de l’orchestre, disposé soigneusement, en recevaient autant de précision que d’énergie.

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