‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 2 sur 276 · ARRIVÉE A DRESDE (12 AVRIL · texte numérisé non relu

ARRIVÉE A DRESDE (12 AVRIL

rition du Wartbourg, baigné des seuls rayons de soleil dont nous jouîmes sur toute notre route. Uaspect de ce château, qui assez longtemps se présente très favorablement aux voyageurs venant de Fulda, me réchauffa extraordinairement le cœur. Non loin de là, j^aperçus une crête de montagne que je baptisai sur-le-champ de « Horselberg », et, tout en roulant dans la vallée, je montais en imagination la scène du troisième acte de mon Tannhàuser, J'en conservai une mémoire si précise que plus tard le peintre Despléchins en put exécuter les décors à Paris d'après le plan que je lui en fournis.

J'avais déjà considéré comme un présage significatif de traverser, pour la première fois, le Rhin allemand aux mille légendes, précisément en revenant de Paris. Mais rencontrer sur mon chemin et pouvoir admirer ce Wartbourg historique et mythique me parut d'un augure beaucoup plus favorable encore. Ces sensations me ranimèrent si puissamment que j'en oubhai la pluie et le vent, les juifs et la foire. J'arrivai ainsi, heureux et dispos, avec ma pauvre femme épuisée et transie, dans ce Dresde d'où j'étais parti pour m'exiler à Riga, après ma triste séparation d'avec Minna.

C'était le 12 avril 1842. Nous descendîmes à l'hôtel de « la Ville de Gotha ». La cité où j'avais passé des années d'enfance et d'adolescence si riches d'impressions me produisit, par ce jour triste et brumeux, un effet glacial et morne. Il me semblait vraiment que tout ce qui pouvait me rappeler ma jeunesse était mort. Point de maison hospitalière pour nous recevoir. Les parents de ma femme, assez miséreux, habitaient un logis étroit

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