‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 20 sur 276 · COUPURES INDISPENSABLES · texte numérisé non relu

COUPURES INDISPENSABLES

une véritable perplexité; je ne me fiai plus ni à mes yeux ni à mes oreilles, et tout Tévénement de cette soirée me parut ime fantasmagorie. Il était minuit passé lorsque je dus, pour la dernière fois, répondre aux bravos du public et me montrer sur la scène aux côtés de mes fidèles interprètes.

Mon inquiétude au sujet de la longueur incroyable de mon opéra fut encore augmentée par Thumeur de mes propres parents, avec lesquels je me retrouvai tout de suite après la représentation. Frédéric Brockhaus était venu de Leipzig avec sa famille et quelques connaissances, et nous avait invités à fêter mon succès en soupant à rhôtel et en trinquant à ma santé. Mais nous trouvâmes cave et cuisine fermées, et comme tout le monde était fatigué et affamé, je n’entendis que des exclamations de mécontentement sur le temps inouï qu’avait duré cette représentation, de six heures à minuit î II n’y eut aucune autre remarque et nous nous séparâmes absolument étourdis.

Le lendemain matin, dès huit heures, je me rendis à l’expédition des copistes afin de veiller aux retranchements indispensables pour le cas où une seconde représentation aurait lieu. Tandis que l’été passé, j’avais résisté au brave Fischer, et défendu chaque mesure qu’il voulait supprimer en lui prouvant son importance, j’étais pris maintenant d’une rage aveugle de biffage. Rien ne me paraissait plus nécessaire dans ma partition ; ce que le public avait accueilli avec enthousiasme la veille me semblait ce matin-là un fatras impossible, dont on pouvait supprimer la plus grande partie sans que cela nuisît

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