‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 109 sur 376 · PLANS DE MA FUTURE MAISON · texte numérisé non relu

PLANS DE MA FUTURE MAISON

traduction française bon marché et j'en avais emporté les volumes en masse à Momex. Cette lecture convenait on ne peut mieux à ma façon de vivre, dont devait être écartés tout travail sérieux et toute étude. D’ailleurs, je dois convenir que le jugement admiratif de Schopenhauer pour le conteur anglais est parfaitement justifié. Jusquelà sa réputation m’avait paru douteuse. Dans mes promenades solitaires, j’emportais souvent aussi, à cause de son petit format, un volume de Byron qu’on avait mis à ma disposition. Je me proposais chaque fois de le lire, étendu sur une hauteur quelconque, avec le mont Blanc devant moi. Mais je ne tardai pas à laisser Byron à la maison, car je constatai que je ne le sortais jamais de ma poche.

Le seul travail que je me permisse fut d’esquisser les plans de la maison que j’aurais désirée. Finalement, je les relevai très correctement en me servant de tous les instruments de dessin qu’emploie un architecte. Cette idée hardie de bâtir une maison m’avait été inspirée par les négociations que j’avais entamées avec les éditeurs Haertel de Leipzig, pour la publication de mon Anneau des Niebelungen. Pour mes quatre drames, j’avais rondement exigé quarante mille francs. De cette somme, la moitié devait être affectée à la construction de ma maison. Et vraiment les éditeurs semblaient incliner à accepter mes conditions et à me faciliter ainsi l’exécution de mon projet. Mais leurs dispositions subirent tout à coup un changement défavorable : évidemment, ils eurent des doutes sur le succès commercial de mes ouvrages. Je n’ai jamais bien su si ce changement provenait de ce qu’après

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