‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 111 sur 376 · SÉRÉNADE RUSTIQUE A BRUNNEN (AOÛT · texte numérisé non relu

SÉRÉNADE RUSTIQUE A BRUNNEN (AOÛT

sur le lac, je fus l'objet d'une charmante ovation organisée par notre enthousiaste hôtelier, le colonel Auf-der- Mauer, reconnaissant de mes fréquentes visites à Brunnen. La fanfare de l'endroit, composée de musiciens amateurs, paysans des bords du lac, s'installa dans deux barques illuminées de lanternes vénitiennes, s'approcha de notre hôtel situé sur la rive, et, avec une témérité toute fédérale, attaqua quelques-unes de mes compositions. Si la mesure et l'unisson laissaient à désirer, l'entrain et la force y étaient. Après un petit discours respectueux qu'on m'adressa et auquel je répondis cordialement, on servit quelques bouteilles de vin sur le quai, et des mains rugueuses vinrent serrer vigoureusement les miennes. Bien des années après, je n'ai jamais visité ces rives sans être arrêté par quelque bonjour familier ou quelque poignée de main bien sentie. Ne sachant pas toujours ce que pouvait bien vouloir de moi tel batelier ou tel paysan, je le questionnais et, chaque fois, je constatais que lui aussi était un de ces musiciens qui, par ce beau soir d’été, avaient manifesté de si bonnes intentions à mon égard.

A Zurich, notre intérieur devint fort agréable par le long séjour qu'y fit ma bonne sœur Clara. J'aimais beaucoup Clara qui était vraiment l'âme musicale de notre famille. Elle me faisait du bien surtout par la sourdine que sa présence mettait à nos scènes de ménage. Le développement de sa maladie de cœur rendait Minna de plus en plus violente, entêtée et soupçonneuse.

En octobre, je devais recevoir la visite de Liszt qui, accompagné cette fois d'une assez grande société, pensai*

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