‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 112 sur 376 · LISZT A ZURICH (OCT.-NOV. 1S · texte numérisé non relu

LISZT A ZURICH (OCT.-NOV. 1S

s’arrêter un certain temps à Zurich. Mais je ne pus attendre jusque-là pour me mettre à la composition de Siegfried. Dès le 22 septembre, je commençais à en noter l’ébauche. C’est alors qu’un des plus grands fléaux de mon existence s’abattit sur moi. Depuis peu de temps, un ferblantier avait installé son atelier vis-à-vis de notre maison et, toute la journée, il m’assourdissait de son martellement bruyant. Dans mon profond chagrin de ne pas pouvoir habiter un logis indépendant et protégé contre le vacarme, je fus sur le point de renoncer à composer jusqu’à ce que mon légitime souhait se fût réalisé. Mais la colère que je nourrissais contre le ferblantier me fit précisément trouver, dans un moment d’exaspération, le motif musical de la fureur de Siegfried contre Mime, le forgeron gâcheur. Sur-le-champ, je jouai, en sol mineur, ce thème naïvement querelleur et tapageur et, toujours en colère, j’en chantai en même temps les paroles à ma sœur. Cela nous fit tellement rire que je me décidai à persévérer encore dans mon travail. J’avais écrit une bonne partie de la première scène, quand, le 13 octobre, on m’annonça l’arrivée de Liszt.

Pour le moment il était seul et sa présence mit tout de suite une grande animation musicale dans ma maison. Il avait achevé ses symphonies de Faust et du Dante et c’était merveille de les entendre jouer par lui au piano, d’après la partition. Assuré que Liszt connaissait la grande impression que me produisaient ses œuvres, j’osai lui faire remarquer l’erreur qu'il avait commise dans sa symphonie du Dante. Si quelque chose m’avait convaincu de la magistrale puissance de conception poétique du

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