ENTHOUSIASME DES SAINT-GALLOIS
L'hôtel se remplit bientôt d’une foule d’invités : Herwegh et sa femme, le docteur Wille et Mme Wille, Kirchner et bien d'autres. La vie qu’on mena au « Brochet » f at digne de celle à l’hôtel Baur. Et tout cela se faisait en l’honneur des concerts de la modeste Société de musique de Saint-Gall. Dans les répétitions, Liszt, maître parfait, étudia avec l’orchestre deux de ses compositions, Orphée et les Préludes , et malgré le nombre peu considérable de musiciens, l'exécution fut véritablement belle et entraînante. Je fus notamment satisfait du morceau symphonique à! Orphée , si modéré de forme, et que je mis d’emblée en première place parmi les œuvres de Liszt. Le public, lui, s’enthousiasma surtout pour les Préludes , dont la plus grande partie fut bissée.
Moi, je dirigeai YErolca de Beethoven, avec bien des souffrances, car dans de telles occasions je me refroidissais toujours et j’avais la fièvre. L’impression que recevrait Liszt de mon interprétation de l’œuvre de Beethoven me tenait fortement à cœur : elle fut profonde et juste. Dans notre manière de diriger, nous nous observions réciproquement avec une attention et un intérêt vraiment instructifs.
Après le concert, il nous fallut assister à un petit banquet au cours duquel les honorables bourgeois de Saint- Gall nous firent des discours bien sentis sur l’importance que prenait notre visite à leurs yeux. Un poète local m’ayant adressé un panégyrique versifié, j’y répondis avec une sérieuse émotion et Liszt devint si dithyrambique qu’il vida son verre à une représentation modèle de Lohengrin pour l’ouverture du nouveau théâtre de Saint-Gall, et nul ne trouva à y contredire.