‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 119 sur 376 · CONCERT A SAINT-GALL (NOV · texte numérisé non relu

CONCERT A SAINT-GALL (NOV

dispute pourrait éclater une fois et qu'alors ce serait effrayant. Et peut-être est-ce ce sentiment qui m'a toujours empêché de me fâcher contre lui, bien que mon irascibilité et mon emportement soient assez connus de mes amis.

Après un séjour de six semaines, mon importante visite quitta Zurich et la princesse nous emmena en bande à Saint-Gall où nous devions honorer de notre présence un concert organisé par le jeune directeur de musique Schadrowsky et rester huit jours.

Hôtes de la princesse, nous logeâmes tous au « Brochet » comme dans sa propre maison. Pour moi et ma femme, elle avait retenu une chambre à côté de la sienne, mais il en résulta une nuit très mouvementée. Madame Caroline fut prise d'une de ses crises nerveuses d'étouffements et pour la délivrer des pénibles hallucinations qui la tourmentaient, sa fille Marie dut lui faire la lecture toute la nuit à très haute voix. Ce bruit, et surtout cet incompréhensible manque d'égards envers le sommeil du voisin me jetèrent dans une excitation indescriptible. A deux heures du matin, n'y tenant plus, je sautai hors de mon lit et sonnai sans relâche jusqu'à l'arrivée d'un domestique, auquel j'intimai l'ordre de nous donner une chambre à l'autre bout de l’hôtel. Et vraiment, nous déménageâmes à cette heure indue : on s'en aperçut bien à côté, mais sans que cela parût faire la moindre impression. Le lendemain, je fus très étonné de voir paraître Marie nullement embarrassée et ne soufflant pas un mot de l’aventure de la nuit. J'appris alors que dans l'entourage de la princesse on était accoutumé à ses extravagances.

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