‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 122 sur 376 · LA MAISONNETTE LAVATER · texte numérisé non relu

LA MAISONNETTE LAVATER

molestations croissantes de voisins bruyants et mélomanes. Au vacarme du ferblantier, que je haïssais à mort et avec lequel j'avais au moins chaque semaine une terrible altercation, était venu s'ajouter celui des pianos qui se multipliaient dans ma maison. Finalement, la flûte d'un M. Stockar, qui en jouait le dimanche, se joignit au concert. Dans ces conditions, j'abandonnai la lutte et jurai de ne plus composer.

C'est alors que mes amis Wesendonck, revenus d'un assez long séjour à Paris, m'offrirent la perspective heureuse de réaliser mon ardent désir de posséder une habitation selon mes goûts. Autrefois déjà, Wesendonck s'était montré disposé à me faire construire une maisonnette à l'endroit que je choisirais. Et mes plans qu'on aurait pu croire, à s'y méprendre, dessinés par un homme du métier avaient été soumis à l'examen d’un architecte. L'achat du terrain offrait seul des difficultés. Dans mes promenades sur le coteau qui sépare le lac de Zurich de la vallée de la Sihl, une petite maison m'avait depuis longtemps donné dans l'œil. Elle était située sur le territoire de la commune d'Enge et on la nommait la maisonnette Lavater, parce qu'elle avait appartenu au célèbre phrénologue, qui y villégiaturait souvent. Le chancelier Hagenbuch, que j'avais gagné à ma cause, s'informa sous main comment il serait possible d'acquérir à bon marché quelques arpents de ce terrain. Mais ce n'était pas facile. Il appartenait par parcelles à plusieurs personnes et, pour obtenir l'emplacement désiré, il eût fallu acheter de trop grands morceaux aux différents possesseurs. Je contai mon chagrin à Wesendonck et il finit par avoir envie de

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