SÉJOUR DES BÜLOW A L’ « ASILE
d'hostilité qui régnait entre nous depuis l'appui qu'il m'avait prêté à l'occasion de Lohengrin. Cette tension avait pour cause une brochure écrite contre moi par son beau-frère Hinrich. Mais je vis que cela était de peu d'importance. Nous fîmes de la musique. Je chantai quelques-unes de ses romances, qu'il accompagna ; mes Niebelnngen parurent lui plaire.
Les Wesendonck ayant voulu nous inviter un jour à dîner ensemble, il leur demanda à être seul avec eux, parce qu'il craignait que, moi présent, il ne fût éclipsé ; ce qu'il ne désirait pas. Nous plaisantâmes là-dessus et moi d'autant plus volontiers que j'étais bien aise de ne pas devoir soutenir les frais d'une conversation à laquelle aurait pris part un personnage aussi peu éloquent et aussi court de souffle que Frantz. Il nous quitta sans plus me donner jamais de ses nouvelles.
J'avais à peu près achevé le premier acte de Tristan quand se présenta à Zurich un jeune couple qui avait droit à mon plus vif intérêt. Dans les premiers jours de septembre, Hans de Bülow descendit à 1' « Hôtel du Corbeau » avec sa jeune femme, Cosima, la fille de Liszt. J'allai les y prendre pour les emmener dans ma petite maison où ils firent un long séjour.
Le mois de septembre passa donc très agréablement pour nous. Je terminai tout le poème de Tristan que Hans me mettait au net, acte par acte. Au fur et à mesure, j'en faisais aussi la lecture à mes amis. Enfin, je pus leur lire le tout collectivement. Il produisit grand effet. Mme Wesendonck ayant paru particulièrement impressionnée par le dernier acte, je lui dis en guise de consola-