‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 136 sur 376 · DÉPART ET ARRÊT A STRASBOURG · texte numérisé non relu

DÉPART ET ARRÊT A STRASBOURG

nage de la famille Wesendonck, que nous nous étions figuré si agréable, ajoutait à mon malaise. Il m'était vraiment insupportable de consacrer des soirées entières à des conversations auxquelles mon brave ami Otto Wesendonck se croyait obligé de prendre part. La crainte qu’il avait de se voir supplanté par moi dans sa propre maison, lui inspirait la singulière ardeur que ressent celui qui se mêle de tous les discours pour ne pas être relégué au dernier rang. Et sa présence parmi nous produisait à peu près l’effet d’un éteignoir sur une chandelle. Tout me pesait et m’écrasait ; et seule la personne qui s’en apercevait et me comprenait, me témoignait une sympathie qui, cependant, n’avait rien de rassérénant. Aussi, malgré le froid de l’hiver et malgré la nécessité où je me voyais de recourir à des expédients pour me procurer l'argent dont j’étais absolument dépourvu en ce moment, je partis pour Paris avec la pensée cachée de ne peutêtre plus du tout revenir.

Trop fatigué pour continuer mon voyage, je m’arrêtai à Strasbourg le 15 janvier 1858 et j’écrivis à Édouard Devrient, lui demandant d’intervenir auprès du grand-duc de Bade pour que celui-ci, à mon retour de Paris, m’envoyât à Kehl un de ses adjudants : accompagné de ce dernier, je pourrais aller jusqu’à Carlsruhe afin d’apprendre à connaître les chanteurs désignés pour jouer mon Tannhdnser, ce que je désirais absolument. Devrient se hâta de me sermonner sur ma ridicule prétention d’exiger qu’on mît des aides de camp princiers à mes ordres. Il s'était vraiment figuré que je réclamais là une absurde marque de respect, tandis que moi, réfugié poli-

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