‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 137 sur 376 · TANNHÀÜSER » AU THÉÂTRE DE STRASBOURG · texte numérisé non relu

TANNHÀÜSER » AU THÉÂTRE DE STRASBOURG

tique, je n'y voyais que l'unique moyen d’arriver à Carlsruhe dans un but purement artistique. Je souris du quiproquo tout en m'attristant de cette preuve de sottise de la part d'un de mes plus anciens amis. Cela me donna à réfléchir sur ce que j'avais encore à attendre de la part de Devrient.

Pour l'instant, je cherchai à calmer mes nerfs en me traînant au crépuscule par les promenades publiques de Strasbourg. Jetant les yeux sur une affiche de théâtre, je fus frappé d’y voir le nom de Tannhàuser . Je m'approchai et constatai qu'il ne s'agissait que de l’ouverture de cet opéra : on la jouait avant la représentation d'une comédie française. N'y comprenant rien, je me hâtai de prendre un billet. La salle, fort belle, était presque vide, tandis que l'orchestre était au grand complet. Sous la direction de son chef, il donna une fort bonne exécution de mon ouverture. Comme je me trouvais au premier rang du parquet, je fus reconnu par le timbalier qui, en 1853, avait joué dans mes concerts de Zurich. Alors, parmi tous les musiciens, ce fut comme une vraie traînée de poudre et l'agitation produite par ma présence parvint jusqu'au directeur. Le public, peu nombreux, qui n'était évidemment venu que pour la comédie et ne se souciait guère de l'ouverture, fut très étonné quand, le morceau fini, le maître de chapelle et tous les exécutants se tournèrent de mon côté et applaudirent à tout rompre.

A mon tour, je dus me lever et' m'incliner. Tous les regards me suivirent lorsque, après cet incident, je sortis de la salle pour aller, comme de juste, saluer le chef d'orchestre. Celui-ci se nommait Hasselmann ; il était

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