‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 140 sur 376 · MONSIEUR SCUDO · texte numérisé non relu

MONSIEUR SCUDO

champ, se déclara adepte de ma musique. Il est vrai qu'elle-même n'en avait rien entendu encore, mais elle subissait l'influence enthousiaste de sa fille et de son gendre qui, au cours de leur voyage de noces, avaient vu jouer TannMuser à Vienne et à Berlin, ainsi que je l'ai dit. Tout cela me surprit et me charma. Pour la première fois de ma vie, j'assistai à une audition des Quatre saisons de Haydn ; le public parut prendre un plaisir extrême aux cadences colorées qui achèvent trop souvent la phrase musicale de ce compositeur. Les musiciens modernes n'en faisant plus usage, ces cadences semblaient aux Parisiens quelque chose de tout à fait neuf et original.

Je passai fort agréablement le reste de la journée au milieu de la famille Hérold. Vers la fin de la soirée arriva un homme dont la présence fut considérée comme particulièrement importante. C'était M. Scudo, le puissant critique musical de la Revue des Deux Mondes et d’autres périodiques. Toujours il s'était exprimé désavantageusement sur moi, et ma bienveillante hôtesse avait espéré le bien disposer en ma faveur par cette rencontre. Mais j'affirmai qu'on ne pourrait pas obtenir grand' chose d'une simple conversation de salon. Plus tard, j'ai constaté en effet que les motifs qui disposent un monsieur de cette espèce pour ou contre un artiste n'ont rien à voir avec les œuvres de celui-ci ni même avec sa personnalité plaisante ou déplaisante. Dans une de ses chroniques, M. Scudo fit même payer à l'aimable famille la sympathie qu'elle avait pour moi : il la livra à la risée publique en se moquant de ses principes démocratiques « aigus ».

J’allai voir aussi Berlioz, dont j'avais gagné l'amitié à

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