‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 144 sur 376 · IMPRESSION MÉLANCOLIQUE DE CETTE FÊTE 1S · texte numérisé non relu

IMPRESSION MÉLANCOLIQUE DE CETTE FÊTE 1S

arrivés aux environs de Pâques quand, les derniers jours de mars, notre concert put avoir lieu. Ce festival privé réussit à merveille. Sous ma direction, un orchestre suffisant pour l'instrumentation de Beethoven exécuta parfaitement un choix de fragments symphoniques, et la rareté d'un tel concert domestique communiqua une égale émotion aux invités, répartis dans les différents salons. Au début de la fête, la fillette de Mme Wesendonck m'offrit un bâton de mesure en ivoire sculpté d'après un dessin de Semper (le premier et unique bâton d’honneur qu'on m'ait jamais offert). Les fleurs et les plantes vertes ne manquaient pas non plus autour de moi et lorsque le concert s'acheva par V adagio de la neuvième Symphonie , morceau de calme profond, les invités furent en droit de se dire qu'il leur avait été donné d'entendre quelque chose d'extraordinaire. A mon goût, une audition musicale devrait toujours finir, non pas par une pièce bruyante, mais par une œuvre reposante telle que cet adagio .

Mes amis Wesendonck, à qui j'avais spécialement offert cette marque de distinction, furent remplis d’une émotion vive et solennelle. A moi, cette fête me produisit une impression mélancolique ressemblant à un avertissement du destin : la nouvelle affection de ma vie avait atteint son apogée, elle s'était même surpassée ; la corde de l'arc était trop tendue. Mme Wille m'avoua plus tard qu'elle avait éprouvé ce soir-là des sensations analogues. Le 3 avril, j'expédiai au graveur de Leipzig le premier acte de la partition de Tristan. J'avais promis à Mme Wesendonck le brouillon du prologue où l'instrumentation

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