DÉSARROI DANS L’ « ASILE
tais me voir au bout du monde, et ma maison était pleine d'invités. Enfin Tichastchek partit et je pus au moins me consacrer à des hôtes plus aimés. En vérité, les Bülow me semblaient envoyés du ciel pour apaiser l'abominable agitation qui bouleversait mon ménage. Hans ne fit semblant de rien lorsque, le jour de son arrivée chez nous, il tomba au milieu d'une effroyable scène que j'avais avec Minna. Je venais de déclarer à celle-ci qu'au point où en étaient les choses, il n'y avait plus moyen d'habiter notre maison et que je ne retardais mon départ que jusqu'au moment où nos jeunes amis nous quitteraient. Et cette fois, j'avais dû lui avouer que mon désespoir ne provenait pas uniquement de sa conduite.
Nous passâmes encore un mois dans notre « asile >' si mal nommé : ce fut un temps horriblement pénible et mes expériences de chaque jour affermissaient ma résolution d'abandonner à jamais ces lieux. Mes invités ne souffraient pas moins que moi. Mon tourment se répercutait chez tous ceux qui sympathisaient avec mes souffrances. Mettant le comble au déplaisir d’une si malheureuse hospitalité, Klindworth arriva de Londres et se joignit à nous. La maison était donc pleine; la salle à manger réunissait des convives soucieux et lugubres, et celle qui se voyait forcément obligée de s'occuper de les héberger était précisément la personne qui me faisait fuir un intérieur qu'elle-même devait abandonner aussi. Il me semblait que quelqu'un aurait su apporter un peu de lumière et d'apaisement, ou tout au moins un peu d'ordre dans le trouble qui nous accablait, et ce quelqu’un, c'était Liszt, qui m'avait promis sa visite. Liszt