‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 152 sur 376 · TICHATSCHEK. — NIEMANN. — BÜLOW A L’ « ASILE · texte numérisé non relu

TICHATSCHEK. — NIEMANN. — BÜLOW A L’ « ASILE

Par sa taille presque colossale, le chanteur me parut créé pour le rôle de Siegfried. Seulement, du fait que deux ténors fameux se trouvaient ensemble chez moi, il résulta qu aucun d eux ne voulut me chanter quelque chose, 1 un se gênant de 1 autre. Pourtant je crus de bonne foi que la voix de Niemann répondait à son imposante personne.

Alors, le 15 juillet, j allai chercher ma femme à Brestenberg et la ramenai à la maison. Profitant de ma courte absence, mon domestique, un Saxon déluré, crut devoir célébrer le retour de la maîtresse du logis avec une certaine soiennite et charpenta une espèce d'arc de triomphe qu il orna de fleurs. Il en résulta une grande confusion. Minna, fort satisfaite, se persuada que cet édifice fleuri frappait certainement la vue de nos voisins : ils devaient y voir la preuve que son retour chez moi n'était pas un acte de pitié de ma part. Aussi, pendant plusieurs jours, elle empêcha qu'on n'enlevât ce signe de fête.

A la même époque, les Bülow, fidèles à leur promesse, étaient aussi revenus à Zurich. Le malheureux Tichatschek retardant toujours son départ et occupant notre unique petite chambre d'ami, il me fallut les laisser plusieurs jours à l'hôtel. Comme ils avaient vu déjà les Wesendonck, je sus par eux que l'arc de triomphe avait produit un effet néfaste sur l'esprit de notre jeune voisine. Je fus très étonné d'apprendre aussi qu'elle se plaignait encore avec passion de l'offense qu'on lui avait faite et dont elle souffrait toujours. Je compris le trouble qui régnait de toute part et à dater de cet instant, j abandonnai tout à fait l'espoir d'une réconciliation.

Ce furent des journées d'horrible désarroi ; je souhai-

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