‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 157 sur 376 · ARRIVÉE A VENISE (29 AO C T 1S · texte numérisé non relu

ARRIVÉE A VENISE (29 AO C T 1S

avenir de paix et d'harmonie. Par Sesto Calende, nous poursuivîmes en poste notre chemin vers Milan. C'est à peine si Cari me permit d'admirer le célèbre dôme, tant il était pressé d'arriver à sa chère Venise. Moi, j'étais heureux d'être entraîné ainsi. Lorsque le 29 août, au coucher du soleil, et de la digue du chemin de fer, nous aperçûmes Venise dressée sur le miroir de ses eaux, Cari eut un mouvement si brusque de joie et d'enthousiasme que son chapeau vola par la fenêtre de la voiture. Je ne voulus pas demeurer en reste et lançai également le mien par la portière. Nous arrivâmes donc nu-tête à Venise. Tout de suite, nous prîmes place dans la gondole qui devait nous transporter à la Piazzetta di San Marco en suivant le canal Grande. Le temps s'était subitement obscurci ; la vue de la gondole m'effraya franchement. Malgré tout ce que j'avais entendu dire de ces embarcations peintes noir sur noir, leur aspect me produisit une surprise désagréable. Lorsque, dans la nôtre, il me fallut me glisser sous le drap noir qui lui servait de toit, j'eus la même impression que celle que m'avait produite le choléra : véritablement je crus me trouver dans un convoi de pestiférés. Cari m'assura qu'il en arrivait de même à tout le monde, mais qu'on s'y habituait bien vite. Puis, ce fut le très long trajet du sinueux Grand Canal : rien de ce que je voyais ne parvenait à m'ôter mon inquiétude. Là où Cari admirait la « Ca' d'oro » de Fanny Elsler ou tout autre palais célèbre, moi je n'apercevais que les ruines gisant entre ces édifices intéressants. Je finis par ne plus rien dire et consentis à débarquer à la fameuse Piazzetta pour visiter le

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