INSTRUMENTATION DU DEUXIÈME ACTE DE«TRISTAN
Ritter prenait en revanche une part d’autant plus vive à l’achèvement du deuxième acte de Tristan, auquel j’avais enfin pu travailler sans interruption. A lui, à Winterberger et à Tessarin, j’ai souvent joué le soir ce que j’avais composé dans la journée et ces auditions nous animaient toujours d’une chaleur communicative. Dans l’entretemps, le premier acte de la partition avait été gravé par Haertel, et Bülow l’avait arrangé pour piano. De sorte que cette partie se dressait devant moi pareille à un monument achevé, tandis que pour le reste j’étais encore dans la fièvre de l’enfantement. Dès les premiers mois de l’année 1859, Ie m’occupais d’instrumenter ce deuxième acte et c’est cahier par cahier que j’en envoyai les feuilles au graveur ; au milieu de mars, les dernières partaient pour Leipzig. La nécessité de modifier mes conditions d’existence se présenta alors. Où irais-je m’installer pour commencer le troisième acte? Ce ne devait être, bien entendu, qu’en un lieu où je pusse terminer mon travail sans être dérangé. A Venise, cela n’était plus possible. Je savais que ce travail m’absorberait jusqu’au milieu de l’été ; or ma santé n’aurait pas supporté la chaleur du climat vénitien. Déjà je ressentais les conséquences fâcheuses du manque d exercice ; les longues courses à pied qui me fortifiaient toujours me faisaient surtout grandement défaut. Pour marcher une fois à mon soûl j’avais, au miüeu de l’hiver, pris le train jusqu’à Viterbo ; de là, j’avais pénétré dans les montagnes et parcouru le pays plusieurs lieues de suite. Mais la température m’avait rendu cette excursion pénible et d’autres impressions défavorables avaient