CARACTÈRE DES AUTRICHIENS A VENISE
franchement de pouvoir remercier mon aimable protecteur par mon salut anonyme.
Cependant les choses prirent bientôt un caractère grave et lourd d’oppression. La Riva était tellement encombrée par les troupes qui y débarquaient journellement qu’il devint impossible de s’y promener. Pour la plupart, les officiers me produisaient une impression très favorable, et le cordial allemand de leurs simples conversations me rappelait beaucoup la patrie. Il n’en était pas de même des soldats ; ceux-ci ne m’inspiraient aucune confiance. Je retrouvais en eux la physionomie apathique et servile qui caractérise les races slaves appartenant à la monarchie autrichienne. Si l’on ne pouvait méconnaître leur force brutale, on regrettait en eux l’intelligence native qui donne tant de charme au peuple italien. Je ne pouvais m’empêcher de souhaiter la victoire à ce dernier. Lorsque l’automne suivant j’ai vu défiler à Paris l’élite des troupes françaises, les chasseurs de Vincennes et les zouaves, je me suis souvenu de l’expression des soldats autrichiens et bien que ne possédant aucune connaissance stratégique, j’ai compris soudain les batailles de Magenta et de Solférino.
Pour le moment, j’appris que Milan était en état de siège et à peu près fermé aux étrangers. Ayant formé le projet de me réfugier pour l’été en Suisse, sur le lac de Lucerne, je hâtai mon départ pour ne pas risquer de voir les événements de la guerre me couper la route. J’emballai donc mes affaires, renvoyai mon Érard pardessus le Gothard et m’apprêtai à prendre congé de mes quelques connaissances. Ritter voulait rester en