‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 172 sur 376 · ARRIVÉE A MILAN (24 MARS · texte numérisé non relu

ARRIVÉE A MILAN (24 MARS

Italie ; il songeait à se rendre à Florence et à Rome où Winterberger, avec lequel il s’était lié d’amitié, l’avait devancé. Celui-ci prétendait avoir été assez bien pourvu d’argent par un frère pour pouvoir se payer la jouissance de visiter ce beau pays : il avait besoin, disait-il, de soigner sa santé et de se reposer... De quoi? Je n’en sais rien. Cari comptait aussi quitter Venise au plus tôt. Je dis un adieu affectueux au bon Dolgoroukow que je laissai fort malade, et à la gare, j’embrassai Ritter, pour la dernière fois probablement, car depuis lors je n’ai plus reçu de ses nouvelles directes et ne l’ai plus revu.

Le 24 mars, non sans avoir subi les tracasseries du contrôle militaire exercé vis-à-vis des étrangers, j’arrivai à Milan où je restai trois jours pour admirer les curiosités de la ville. Sans guide d’aucune sorte, je visitai la Bréra, la Bibliothèque ambrosienne, la Cène de Léonard de Vinci et le Dôme. Sur celui-ci, je grimpai jusqu’au haut des diverses tourelles et parcourus toutes les terrasses. A la Bréra, les premières impressions furent comme toujours les plus fortes et je m’arrêtai longuement devant deux tableaux suspendus près de l’entrée. C’étaient Saint Antoine adorant l'Enfant Jésus, par Van Dyck, et le Martyre de saint Sébastien, par Crespi. Je constatai ainsi que je n’étais guère fait pour être critique d’art : je me laissais influencer par le sujet seul quand il me paraissait clair et sympathique comme ici. Cependant je compris mieux la pure signification d’un chef-d’œuvre quand je me trouvai en face de la Cène de Vinci et que j’eus fait l’expérience que font tous ceux qui contemplent ce tableau. Ce n’est qu'après avoir

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