‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 179 sur 376 · ACHÈVEMENT DE « TRISTAN » (AOÛT · texte numérisé non relu

ACHÈVEMENT DE « TRISTAN » (AOÛT

généralement par des passants qui n’y séjournaient que la nuit, tandis que les dépendances étaient habitées toute la journée par les pensionnaires. Cet arrangement répondit fort bien à ce que je désirais. Je pus travailler dans le petit salon à côté de ma chambre à coucher sans être dérangé le moins du monde, car les pièces voisines restaient vides de tout le jour, et ne se peuplaient que la nuit. Et enfin, l’été arriva, un été superbe, sans nuage au ciel pendant deux mois entiers. Je jouissais étrangement de ma chambre fraîche et assombrie, bien préservée de l’ardeur du soleil; le soir seulement, sur mon petit balcon, je goûtais l’air agréable de l’été. Quelques excellents sonneurs de cor, qui chaque soir se promenaient en barque sur le lac, me charmaient en jouant de simples airs populaires.

Heureusement que j’avais enfin dépassé le point culminant de mon travail ; le caractère plus tendre de la fin du poème me plongeait, malgré sa mélancolie, dans une sorte d’extase délicieuse. Au commencement d’août, l’œuvre était terminée. Je n’avais plus que l’une ou l’autre partie à instrumenter.

La guerre d’Italie m’apportait suffisamment de distractions dans l’isolement où je vivais : je suivais avec anxiété la marche de ces événements aussi importants qu’imprévus. Au reste, je ne manquais pas tout à fait de société. En juillet, je reçus la visite de Félix Draesecke, que je n’avais jamais vu, et qui resta un certain temps à Lucerne. Ayant entendu le prologue de Tristan et Isenlt dans un concert organisé par Liszt, il s’était décidé sur-le-champ à venir faire ma connaissance. Son arrivée

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