FÉLIX DRAESECKE. — BAUMGARTNER. — SÉROFF
m’épouvanta et je lui déclarai que je n’aurais pas le temps de m’occuper de lui. Tout d’abord, il m’ennuya considérablement par sa façon de faire de l’esprit sur des choses et des personnes qui m’étaient devenues étrangères. Il s’en aperçut et s’en affecta si vivement qu’il fut sur le point de s’en aller au bout de peu de jours. Alors, je me troublai moi-même et m’efforçai de lui enlever la mauvaise opinion qu’il avait de moi, de sorte que pendant assez longtemps et jusqu’à son départ de Lucerne, Draesecke fut ma société journalière. Je trouvai un réel plaisir à sa compagnie, car c’était un musicien fort doué et dépourvu de vanité.
Mon vieil ami de Zurich, Wilhelm Baumgartner, vint aussi, par affection pour moi, passer quelques semaines à Lucerne. Et finalement, il m’arriva encore Alexandre Seroff de Saint-Pétersbourg, homme original et intelligent, qui avait pris très décidément parti pour Liszt et pour moi. Ayant entendu mon Lohengrin à Dresde, il désirait connaître ma composition de Tristan : je lui en jouai des résumés sommaires. Avec Draesecke, je fis l’ascension du Pilate et, à cette occasion, je fus pris d’une inquiétude sympathique pour ce nouveau compagnon atteint de vertige. Avant son départ, je l’invitai à faire une excursion à Brunnen et au Grütli, après quoi nous nous séparâmes. Ses moyens restreints ne lui permettaient pas de prolonger son séjour et moi-même je songeais sérieusement à quitter Lucerne. Mais où aller? C’était la question. Par lettre je m’étais adressé à Édouard Devrient et même au grand-duc de Bade directement, afin d’obtenir de celui-ci la permission de me fixer à