‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 19 sur 376 · RETOUR A LA COMPOSITION · texte numérisé non relu

RETOUR A LA COMPOSITION

Dans la suite mon ami m’a raconté que le prince avait particulièrement désiré ma collaboration à cause du bon emploi que je savais faire des trombones. Ayant demandé à Liszt quelle était en cela ma recette, celui-ci avait répondu : « Elle est simple, monseigneur ; avant d’écrire pour les trombones, Wagner attend qu’il ait quelque chose à dire. »

L’offre de Weimar, au contraire, me tentait beaucoup. Fatigué encore du travail acharné que m’avait coûté V Opéra et le Drame , éprouvé par tout ce qui avait attristé mon humeur, je m’assis devant mon piano de Haertel, sauvé de la catastrophe de Dresde, et essayai, après une bien longue période d'inaction, de commencer la composition de mon grand drame héroïque. Je notai rapidement le chant des Nornes, qui, dans cette première forme, n’était que légèrement esquissé ; mais lorsque je voulus traduire en musique la première apostrophe de Brunnhilde à Siegfried, je perdis bientôt tout courage : je ne pouvais m’empêcher de me demander quelle cantatrice serait capable de créer, l’année suivante, le rôle de mon héroïne. Je songeai à ma nièce Johanna dont les belles aptitudes m’avaient paru autrefois, à Dresde, propres à ce rôle. Entrée dans la carrière de prima donna, Johanna Wagner était alors à Hambourg, mais d’après ce que j’avais appris sur elle et sa famille, de même que d’après le sans-gêne de leur conduite envers moi, je savais qu’il me fallait renoncer à tout espoir de pouvoir jamais recourir à son talent. Et durant ce même travail de composition, mon imagination me joua le méchant tour de m’importuner sans cesse par l’image d'une

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