‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 18 sur 376 · CONTRAT AVEC WEIMAR · texte numérisé non relu

CONTRAT AVEC WEIMAR

étendu des musiciens de profession, Liszt ne manqua pas non plus d'agir et Robert Franz, obligé presque de force d'assister à mon opéra, s'exprima à son tour avec une chaleur qu'on ne saurait méconnaître. Ces exemples exercèrent leur action de divers côtés, et, pendant un certain temps, la presse musicale, d'ordinaire si stupide, parut disposée à s'intéresser énergiquement à moi.

J'aurai l'occasion de dire ce qui devait bientôt faire dévier ce mouvement dans le sens opposé qu’il garda toujours. Pour l'instant, Liszt profita de ces présages encourageants et me poussa à reprendre mon activité de compositeur. Ayant réussi avec Lohengrin, il se sentait le courage de tenter une chose plus hasardeuse encore : il m'engagea à mettre en musique mon poème de la Mort de Siegfried , qu'il monterait à Weimar. A son instigation, M. de Ziegesar, intendant de son théâtre, me présenta, au nom du grand-duc, un véritable contrat à signer. Je promettais d'achever l'ouvrage dans le courant de l'année et je recevais pendant ce temps une somme de cinq cents thalers. Chose curieuse, à peu près à la même époque, et toujours par l'entremise de Liszt, le duc de Cobourg m'offrit neuf cents thalers pour instrumenter un opéra qu’il allait composer. Ce généreux « employeur » proposait même de me faire venir chez lui, malgré mon bannissement. Enfermés dans son château de Cobourg, lui, le prince compositeur, Mme Birchpfeiffer la poétesse, et moi, nous pourrions conférer sur la nouvelle œuvre et y travailler. Liszt, bien entendu, n’exigea de moi qu'un honorable prétexte de refus, mais il me conseilla d'y faire mention de ma « dépression morale et physique ».

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