‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 190 sur 376 · RAPPORTS AVEC BERLIOZ · texte numérisé non relu

RAPPORTS AVEC BERLIOZ

avec M. Calzado, directeur de l’Opéra italien. Ayant d’abord reçu un refus catégorique de sa part, j’allai trouver cet homme et, à mon propre étonnement, je réussis par ma force de persuasion et surtout par l’appât que je fis miroiter à ses yeux du grand succès qu’aurait mon Tristan donné par les Italiens, je réussis, dis-je, à arracher son consentement : il me louerait la salle Ventadour pour trois soirées qui se succéderaient à des intervalles de huit jours. Quoique Giacomelli en rentrant admirât fort l’éloquence enflammée dont j’avais fait preuve dans cette entrevue, je n’obtins pas de ce directeur récalcitrant qu’il réduisît le prix de la location : quatre mille francs par soir, éclairage compris.

A présent, rien ne me paraissait plus important que de réunir un orchestre parfait pour mes auditions, et mes deux agents eurent suffisamment de besogne à s’en occuper. Leurs efforts provoquèrent chez mon vieil ami Berlioz les premiers signes d’animosité contre moi et mon entreprise. Entraîné par la bonne impression que m’avait laissée notre rencontre à Londres, en 1855, impression qu’il avait entretenue quelque temps par des lettres amicales, j’étais allé voir Berlioz dès mon arrivée à Paris. Ne l’ayant pas trouvé chez lui, j’étais redescendu dans la rue et c’est là que je l’avais rencontré, revenant justement à la maison. En m’apercevant, il n’avait pu dissimuler un effroi nerveux qui se peignit de façon vraiment pénible dans son attitude et sur sa physionomie. Je n’avais eu aucun doute sur la nature de son émotion; pourtant, j’avais dissimulé ma stupéfaction sous les apparences de l’inquiétude, du reste

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