INSTALLATION DE MA MAISON
nément auteur dramatique), toujours avec l’espoir d’arriver par ce chemin jusqu’au redoutable et inaccessible protecteur de Meyerbeer.
Lne de ses recommandations me valut aussi la connaissance aimable et durable, bien que sans utilité pour mes projets, de M. Jules Ferry. Mais l’empereur et son secrétaire s obstinèrent à garder le silence, même lorsque j’eus obtenu du grand-duc de Bade l'intervention de son ambassadeur à Pans et que celui-ci eut uni ses efforts à ceux de M. Kern, ministre de Suisse, pour ouvrir les yeux à l’empereur sur le redoutable Fould. Tout fut en vain : le silence continua.
Il me parut vraiment que le destin s’immisçait d’une façon singulière dans ma situation, quand, à ce moment précis, Minna m annonça son arrivée. En choisissant le pavillon de la rue Newton et en l’arrangeant, j étais parti du point de vue que ma femme Mendiait me rejoindre. Mon propre appartement se trouvait à un autre étage que le sien et j’avais veillé à ce que celui-ci fût aussi confortable que possible. Mais en m’efforçant de donner de l’agrément aux pièces, je m’étais laissé aller au penchant que j’avais montré à Zurich déjà et qui m a fait accuser plus tard de trop aimer le luxe ; ici cependant je n’avais eu qu’un but : rendre supportable 1 existence que j’allais partager avec une femme qui m était devenue de plus en plus étrangère. Il y avait un salon dans la petite maison de la rue Newton et, bien qu’en le meublant je n’eusse pas voulu exagérer les dépenses, les ennuis que me causèrent les négligents ouvriers parisiens m’entraînèrent à des frais inattendus. Je me consolai en me disant que Minna aurait une
^"arrivée- DE MINNA a PARIS (NOVEMBRE .S59)
bonne impression en entrant dans cette maison qui serait désormais la sienne. Je crus même devoir songer a une garde-malade pour elle, et Mme Hérold me procura une personne paraissant convenir. Dès mon arrivée, ] avais engagé un valet de chambre, originaire du Valais, ancien garde du pape, et assez stupide, mais qui ne tarda pas
à s’attacher vivement à moi. .
Minna ajouta à ce personnel son ancienne cuisinière
de Zurich avec laquelle elle débarqua à Paris le 17 novembre 1859- Je l’attendais à la gare ; elle s empressa de me charger de son perroquet et du petit chien Fips . involontairement je me rappelai son arrivée à Rorschach dix ans auparavant. Et tout comme alors, e e m donna immédiatement à entendre qu’elle ne venait pas me rejoindre par nécessité et que, si je ne la traitais pas bien, elle saurait parfaitement où .s’en retourner Pourtant un notable changement s’était opéré en elle. El e m’avoua qu’elle éprouvait les mêmes sentiments que la personne qui entre dans un nouveau service sans savoir si elle le remplira convenablement. J’essayai donc de la distraire en la mettant au courant de mes affaires et en cherchant à l’y intéresser. Hélas! ces affaires lui imputaient bien peu. En revanche, son attention se porta tout de suite sur les détails matériels de notre ménagé. Elle se contenta de constater avec ironie que j’avais engagé un domestique, mais elle entra dans une violente colère à propos de la garde-malade que j’avais cru fort nécessaire et que j’avais retenue comme femme de chambre. Cette personne, qui avait soigné avec une patience angélique une vieille mère très pénible, ne tarda