ENNUIS DOMESTIQUES
pas à être absolument démoralisée par le traitement dont la gratifia ma femme. Finalement, elle me pria ellemême de lui accorder son congé. A ce propos aussi, je m’attirai des reproches pour lui avoir remis un petit pourboire. Avec mon domestique, ce fut pire encore. Il déclara bientôt qu’il ne recevrait plus d’ordres de ma femme ; mais, sous l’influence des contradictions de ma propre conduite, il se laissa aller à une telle négligence qu’il devint dangereux de le garder. Je fus donc forcé de le renvoyer au plus vite. Il me laissa une livrée toute neuve que je venais de lui acheter très cher, et qui, dès lors, pendit inutile a son clou, car je n’éprouvai plus jamais la tentation de la faire endosser à un autre valet de chambre.
Toute la besogne du ménage retomba ainsi sur la cuisinière Thérèse, une Souabe qui se montra parfaite pendant tout notre séjour à Paris. Douée d’une sagacité naturelle extraordinaire, cette femme comprit ce que mes rapports avec sa maîtresse avaient de pénible et s’efforça d’y remédier en ma faveur par son infatigable activité dans la maison.
Par cette dernière réunion avec Minna, je rentrais dans la triste orniere que j avais suivie à plusieurs reprises déjà. Il me fallut donc considérer comme un vrai bonheur qu’il ne fût plus question de m’adonner à la solitude rêvée et qu’au contraire je fusse entraîné par les relations et les occupations tout extérieures où le destin me poussait contre mon gré et contre mon choix.
Le nouvel an de 1860 m’apporta de façon très inattendue la possibilité de mener à bien mon entreprise.