THÉODORE U H L I G
donnée Cari Ritter, pour écrire rapidement, au milieu des effluves sulfureux et printaniers et dans les meilleures dispositions du monde, le poème du Jeune Siegfried, d'après l'esquisse que j'en avais tracée jadis.
Il me faut parler maintenant des rapports de véritable et féconde amitié que j’avais conservés, après mon départ de Dresde, avec Théodore Uhlig, le jeune musicien dont j'ai fait mention déjà. Par l'intérêt qu' Uhlig prenait à mon sort et à mes œuvres, son caractère indépendant, parfois même un peu brusque, s'était modifié vis-à-vis de moi et il m'était devenu presque absolument soumis. Lui aussi s'était trouvé parmi les spectateurs de la première de Lohengrin, et il m’en avait envoyé un rapport très judicieux. L'éditeur de musique Haertel, à Leipzig, ayant volontiers consenti à publier Lohengrin sans me payer d'honoraires, je chargeai Uhlig du travail de l'arrangement pour piano. Mais, plus que tout cela, les questions théoriques que je soulevais dans mes écrits contribuèrent à maintenir une correspondance suivie entre nous. Je me sentais touché de ce que lui, qui n'avait point eu d’autre instruction que celle d'un musicien, acceptait sans hésitation, parce que son esprit clair les lui faisait saisir, les tendances qui épouvantaient au suprême degré des artistes dont la culture paraissait être bien plus complète.
Afin d'exprimer notre concordance d'idées, Uhlig avait développé ses facultés d'écrivain et avait fait paraître dans la Revue allemande de Kolatschek un excellent et assez long article sur la musique instrumentale. En outre, il me communiqua un grand travail, sévèrement