APLANISSEMENT DE LA RUE NEWTON
et chacun se figurait que par l'entremise de la princesse de Mettemich, j'obtenais de la direction tout ce que je voulais. Un certain nombre de faits accréditaient cette croyance. Ayant appris, par exemple, que mes répétitions risquaient d'être dérangées par le prince Poniatowsky désireux de faire reprendre un de ses opéras tombés, je me plaignis à l’intrépide princesse. Aussitôt celle-ci réussit à obtenir un ordre impérial par lequel l'opéra princier était écarté. Ceci ne me gagna naturellement pas l'amitié de ce monsieur : je m'en aperçus bien lorsque j’allai le voir à ce propos.
La visite de ma sœur Louise et de quelques-uns des siens vint me distraire au milieu de ces occupations. Si j'eus de la difficulté à les recevoir, c'est que depuis un certain temps, on risquait sa vie à vouloir entrer chez moi. Je comprenais enfin pourquoi mon propriétaire s'était montré si vite disposé à signer un bail à long terme, mais s'était obstinément refusé à faire aucune réparation dans sa maison : la Commission des travaux publics avait décidé d'aplanir la rue Newton et ses environs et de percer un large boulevard allant d'un des ponts de la Seine à la barrière de l'Étoile. Jusqu'au dernier moment, ce plan fut désavoué officiellement par la municipalité, afin de retarder le plus longtemps possible le payement des indemnités d'expropriation. J’étais surpris de constater que chaque jour, devant ma porte, le terrain se creusait plus profond. Bientôt il ne fut plus possible de parvenir chez moi en voiture ni même à pied. Dans ces conditions, le propriétaire n'eut rien à objecter à mon départ ; il me pria seulement de lui réclamer des dommages-intérêts,