‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 226 sur 376 · DIVAGATIONS FIÉVREUSES · texte numérisé non relu

DIVAGATIONS FIÉVREUSES

m’imaginais que la princesse de Metternichet Mme Kalergis m’avaient organisé une vraie cour; j’invitais l’empereur Napoléon à me faire visite ; j’exigeais d’Erlanger qu’il mît une villa des environs de Paris à ma disposition, et lui déclarais que ma guérison était impossible dans le trou sombre où j’étais couché ; finalement je demandais d’être transporté à Naples, où l’agréable société de Garibaldi me remettrait tout de suite sur pied.

Gaspérini résista avec vaillance à toutes mes divagations ; avec l’aide de Minna et malgré mes résistances de forcené, il m’appliqua assidûment des emplâtres de moutarde sur la plante des pieds. Souvent depuis lors, dans mes nuits agitées, j’ai été repris en rêve de ces folies d’orgueil ; au réveil, j’étais épouvanté de reconnaître qu’elles avaient la même origine fiévreuse que celles d’alors. Au bout de cinq jours, la fièvre était cependant maîtrisée; mais on crut que j’allais devenir aveugle et ma faiblesse était extrême. Enfin mes yeux retrouvèrent leur force et, quelques semaines après, je me hasardais à me traîner jusqu’à l’Opéra pour surveiller la suite des répétitions.

J’appris alors que, m’ayant cru perdu, on avait interrompu les travaux sans aucun motif plausible et je me rendis compte de la déchéance intérieure de toute l’entreprise. Pourtant je tâchai de me celer la chose à moi-même, car j’avais trop besoin de tout mon courage si je voulais guérir. Vers ce temps j’eus cependant un motif de me réjouir : je reçus la traduction des quatre poèmes d’opéras que j’avais publiés jusqu’alors : elle venait de sortir de presse, accompagnée d’une préface

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