CONSEILS DU COMTE WALEWSKY
de plus en plus clairement ce qu’il adviendrait de l’affaire. Depuis longtemps, je savais ce que j’avais à attendre de la presse, tout entière aux ordres de Meyerbeer. Le directeur aussi semblait s’en être rendu compte ; il avait sans doute essayé d’influencer favorablement les grands journaux et s’était convaincu que la téméraire représentation de mon Tannhàuser rencontrerait un accueil hostile. Cette conviction commençait, du reste, à être partagée en haut lieu et l’on cherchait par tous les moyens a gagner à ma cause la partie du public qui ferait pencher la balance.
Un jour le prince de Metternich m’invita à me présenter chez le comte Walewsky, récemment nommé ministre d’État. Cette entrevue fut accompagnée d'une certaine solennité qui se manifesta surtout dans le discours persuasif que m’adressa le comte. Il s’efforça de me faire comprendre qu’on ne désirait que ma fortune en me préparant un triomphe : mais ce succès dépendait de moi et de ma bonne volonté à ajouter un ballet au deuxième acte. On ferait brillamment les choses : je pourrais choisir parmi les plus célèbres danseuses de Pétersbourg et de Londres et leur engagement serait signé dès que je me serais décidé à confier à leur collaboration le succès de mon œuvre. En refusant cette offre, je crois que je ne manquai pas d’éloquence, mais celle-ci demeura sans effet. Je fis la sourde oreille lorsque le ministre m’expliqua que mon ballet du « premier » acte ne comptait pas : les habitués qui venaient à l’Opéra pour le ballet ne dînaient qu’à huit heures et n’arrivaient au théâtre que vers dix heures, c’est-à-dire au