‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 229 sur 376 · LE MAITRE DE BALLET PETITPAS · texte numérisé non relu

LE MAITRE DE BALLET PETITPAS

milieu de la représentation. J’objectai que si je ne pouvais contenter ces messieurs, j’espérais cependant produire une certaine impression sur le reste du public ; mais Walewsky, avec sa gravité imperturbable, me répliqua que le succès dépendait uniquement de ces « messieurs », car eux seuls étaient assez puissants pour faire pièce à l’inimitié de la presse. Je restai sourd à ces arguments aussi et j’offris de renoncer plutôt à la représentation de Tannhâuser; alors, avec le même sérieux, il m’assura que sur les ordres de l’Empereur auxquels tout le monde devait se soumettre, je pouvais agir à ma guise et qu’on s’efforcerait de me satisfaire. « En vous parlant comme je viens de le faire, ajouta Walewsky, je n’ai voulu que vous donner un conseil d’ami. »

Les suites de cette entrevue ne tardèrent pas à se révéler de bien des manières. Je mis toute mon ardeur à l’exécution de la grande scène chorégraphique du premier acte et demandai l’aide du maître de ballet Petitpas. Mais je voulais des choses impossibles, absolument étrangères aux ballets habituels : je pensais aux danses des Ménades et des Bacchantes et ne fis qu’étonner profondément Petitpas. Comment pouvais-je me figurer qu’il arriverait à faire exécuter des danses si excentriques à ses petites élèves? Ne savais-je pas qu’en plaçant mon ballet au premier acte, j’avais renoncé d’emblée à la participation des coryphées de l’Opéra? En compensation, Petitpas m’offrit, pour remplir le rôle des Grâces, trois danseuses hongroises qui venaient de se produire dans une féerie à la Porte-Saint-Martin. Quoique au fond je fusse bien aise de ne pas dépendre des « étoiles » de

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