LE MAITRE DE BALLET PETITPAS
milieu de la représentation. J’objectai que si je ne pouvais contenter ces messieurs, j’espérais cependant produire une certaine impression sur le reste du public ; mais Walewsky, avec sa gravité imperturbable, me répliqua que le succès dépendait uniquement de ces « messieurs », car eux seuls étaient assez puissants pour faire pièce à l’inimitié de la presse. Je restai sourd à ces arguments aussi et j’offris de renoncer plutôt à la représentation de Tannhâuser; alors, avec le même sérieux, il m’assura que sur les ordres de l’Empereur auxquels tout le monde devait se soumettre, je pouvais agir à ma guise et qu’on s’efforcerait de me satisfaire. « En vous parlant comme je viens de le faire, ajouta Walewsky, je n’ai voulu que vous donner un conseil d’ami. »
Les suites de cette entrevue ne tardèrent pas à se révéler de bien des manières. Je mis toute mon ardeur à l’exécution de la grande scène chorégraphique du premier acte et demandai l’aide du maître de ballet Petitpas. Mais je voulais des choses impossibles, absolument étrangères aux ballets habituels : je pensais aux danses des Ménades et des Bacchantes et ne fis qu’étonner profondément Petitpas. Comment pouvais-je me figurer qu’il arriverait à faire exécuter des danses si excentriques à ses petites élèves? Ne savais-je pas qu’en plaçant mon ballet au premier acte, j’avais renoncé d’emblée à la participation des coryphées de l’Opéra? En compensation, Petitpas m’offrit, pour remplir le rôle des Grâces, trois danseuses hongroises qui venaient de se produire dans une féerie à la Porte-Saint-Martin. Quoique au fond je fusse bien aise de ne pas dépendre des « étoiles » de