‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 230 sur 376 · DÉCOURAGEMENT DU PERSONNEL · texte numérisé non relu

DÉCOURAGEMENT DU PERSONNEL

rinstitut, je demandai avec insistance que le corps de ballet ordinaire fût mis tout entier en mouvement. J’aurais surtout voulu un nombreux personnel masculin, mais on me fit comprendre que je n’obtiendrais personne que quelques tailleurs qui, moyennant cinquante francs par mois, prennent des poses gênées le long des coulisses pendant que les solistes exécutent leurs entrechats. Finalement je voulus me rattraper sur les costumes et j’exigeai qu’on me soumît des modèles originaux. On me lassa par mille expédients et mon fidèle ami Truinet me confia enfin que la direction était décidée à ne pas dépenser un sou pour un ballet qu’elle considérait comme manqué. C’est là le premier des signes qui me donnèrent bientôt cette certitude absolue : l’administration du théâtre était elle-même convaincue de la vanité des peines qu’on prenait pour la réussite de Tannhâuser. Ce sentiment de découragement pesa alors sur tous les préparatifs de cette représentation, sans cesse renvoyée.

Depuis janvier, les répétitions étaient entrées dans la période des arrangements scéniques et des exercices avec orchestre. Tout était réglé avec une minutie qui, au début, m’avait été fort agréable, mais qui me devint importune quand je constatai que ces éternelles répétitions enlevaient l’entrain aux acteurs. Si j’avais pu prendre les choses en main, on aurait marché rapidement et sûrement vers le but. Cependant ce n’était pas la fatigue seule qui faisait perdre au chanteur Niemann l’enthousiasme que son rôle lui avait inspiré d’abord. On l’avait persuadé que mon œuvre était condamnée à un fiasco. A partir de ce moment, mon ténor tomba dans une mélan-

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