‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 242 sur 376 · POLIGNAC. — AUBER. — GOUN'OD · texte numérisé non relu

POLIGNAC. — AUBER. — GOUN'OD

avait perdu un bras dans un duel et s'occupait de musique en amateur.

Par la même occasion, j’appris à connaître un jeune prince de Polignac qui m’intéressait surtout à cause de son frère, auquel on doit une traduction complète de Faust. Déjeunant un jour chez lui, je l’entendis émettre les idées fantasques que lui inspirait la musique. Il voulut, par exemple, me convaincre de la justesse de sa conception à propos de la Symphonie en la majeur de Beethoven : dans la dernière partie, il prétendait reconnaître toutes les péripéties d’un naufrage.

Nos séances, dont le but était d’organiser un grand concert pour lequel, moi aussi, je devais composer quelque chose, ne s’animaient que grâce au zèle pédantesque de Gounod. Il remplissait son rôle de secrétaire avec une infatigable et doucereuse minutie. Auber, lui, interrompait la discussion plutôt qu’il ne la dirigeait par des « bons mots » qui n’étaient pas toujours du meilleur goût. Malgré la chute de Tannhàuser, je reçus encore une invitation aux séances de ce comité, mais je n’y allai point et envoyai ma démission au président en prévision de mon prochain départ pour l’Allemagne.

Je ne restai en termes amicaux qu’avec Gounod. On me raconta que, dans cette société, il avait toujours énergiquement pris mon parti et qu’il s’était écrié : « Que Dieu me donne une pareille chute ! » Reconnaissant de sa sympathie, je lui fis cadeau d’un exemplaire de la partition de Tristan et Iseult : sa conduite me rendait d’autant plus heureux que moi, malgré tous les égards dus à l’amitié, je n’avais pu me décider à aller entendre son Faust.

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