‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 26 sur 376 · CE QU’UHLIG RACONTE DE DRESDE · texte numérisé non relu

CE QU’UHLIG RACONTE DE DRESDE

semblance paraissait confirmer les « on dit » qui voulaient qu’Uhlig fût son fils naturel. Il me distrayait par les détails qu’il m’apportait de Dresde, du théâtre et de ses conditions musicales. Mes opéras, qui avaient été la gloire de cette scène, ne se trouvaient plus au répertoire et pour me donner une idée de la façon dont me jugeaient mes anciens collègues, Uhlig me raconta que l’un d’eux, à l’apparition de V Art et la Révolution , avait exprimé cette jolie réflexion : « Il fera chaud avant qu'il ne redevienne maître de chapelle. »

Pour caractériser la manière dont on entendait à Dresde les progrès musicaux, mon jeune ami me narra que Reissiger ayant à diriger la Symphonie en la majeur , que j'avais fait exécuter autrefois, s’était tiré comme il suit d’un problème qui l’embarrassait : Beethoven, on le sait, développe le grand finale de la dernière partie par un « forte » continu qu’il n’augmente que par un « sempre più forte ». Or, lorsqu’il dirigeait cette symphonie avant moi, Reissiger intercalait là un « piano », sans doute pour obtenir le « crescendo » convenable. Bien entendu, j ’avais tout de suite supprimé ce « piano » et recommandé à l’orchestre de jouer sans interruption aussi fort que possible. Quand la symphonie fut retombée entre les mains de mon prédécesseur, il parut difficile à celui-ci de rétablir ce malheureux « piano ». Alors, pour sauver son autorité qui menaçait d’être compromise, Reissiger avait décrété qu’au lieu du « forte », on jouerait un « mezzo forte » !

Ce qui m’attrista cependant le plus, ce fut d’apprendre le désarroi complet où se trouvait ma malheureuse entreprise d’édition, sous la protection de Meser, le libraire

admiration de l’hydrothérapie

de la cour ; ce dernier, obligé de débourser toujours sans jamais rien encaisser, se plaignait d être un agneau expiatoire. Toutefois ma « victime » veillait avec un soin jaloux à ce que personne ne mît le nez dans ses livres et prétendait sauver ainsi une propriété qui autrement eût été saisie tout de suite, puisque mes biens étaient confisqués. Il m'était plus agréable de m'entretenir de Lohengrin avec mon ami ; il en avait achevé l'arrangement pour piano et les épreuves gravées en étaient déjà corrigées.

Uhlig professait une admiration sans bornes pour l'hydrothérapie et sous ce rapport il exerça une influence durable sur moi. Il me donna à lire sur cette méthode l’ouvrage d’un certain Rausse, qui m’enchanta par ses tendances radicales. Dans leur genre, elles me rappelaient un peu celles de Feuerbach. La négation de toute science médicale avec son empirisme, et la foi dans l’action de la nature, secondée par un usage méthodique de 1 eau fortifiante et rafraîchissante, eurent bientôt en moi un adepte passionné. Rausse prétendait qu'un médicament ne peut agir sur l’organisme qu’en tant que poison non assimilé ; il prouvait dans son livre que des gens affaiblis par un trop long usage de remèdes avaient été guéris par le fameux Priesnitz, qui faisait complètement sortir par la peau les poisons contenus dans le corps. Je me rappelai aussitôt les bains sulfureux que j'avais pris le printemps passé avec tant de répugnance et imputai à cette cure, non sans raison peut-être, mon énervement chronique. Je résolus donc de debarrasser mon sang de tous les poisons que j avais absorbes et de sui\ re

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