‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 274 sur 376 · TOM K III · texte numérisé non relu

TOM K III

départ de vienne

qu'on m’offrait. Cela n’empêcha point les journalistes, qui se trouvaient toujours en rapports avec la direction théâtrale, de raconter que j’avais accepté une indemnité pour la non-réception de Tristan. Heureusement, je fus en état de prouver tout de suite la fausseté de leurs dires.

Mais les négociations avec Schott traînaient en longueur. A mon tour je n’avais pas voulu accepter sa proposition pour la publication de la Walkyrie. J’en étais resté à mon offre primitive de lui céder mes futurs Maîtres chanteurs. Finalement, il consentit à me laisser en acompte sur mon opéra à venir les quinze cents florins qu’il avait destinés à l’achat, de la Walkyrie. I.e chèque reçu, je me hâtai d’emballer mes effets. Mais au milieu de mes préparatifs, un télégramme de .a princesse de Mettemich vint me surprendre. Retournée à Paris, elle me priait de retarder mon arrivée jusqu au mois de janvier. Ne voulant pas modifier mes plans et rester à Vienne, je me décidai donc à aller à Mayence et, en attendant, d’y terminer de vive voix mes négociations avec Schott. A la gare, mon départ fut égayé par Cornélius qui, avec un enthousiasme mystérieux, me chuchota à l’oreille une strophe de Hans Sachs que je lui avais communiquée :

O jeune chevalier,

Tu m’as touché le fond de l’âme;

Tu nous feras tout oublier,

Hans Sachs l’atteste et le proclame.

A Mayence je fis la connaissance de la famille Schott, que je n'avais qu’entrevue à Paris. Le jeune musicien Wsisheimer, dont j’ai parlé déjà, était leur hôte journa-

arrangement avec schott

Ht?r . il débutait comme maître de chapeUe au théâtre de cette ville. Un jour que je dînais chez eux, un autre jeune homme, le juriste Staedl, porta sur moi un toast qui me surprit par sa haute valeur.

Cependant, mes pourparlers n’avançaient que très difficilement avec l’homme fort bizarre qu’était Franz Schott. Moi, suivant ma première proposition, je persistais à lui demander de me verser pendant deux ans, au fur et à mesure, les fonds qu’il me fallait pour pouvoir travailler sans souci à ma nouvelle pièce. Lui refusait sous prétexte qu’il lui répugnait d’avoir l’air de faire un marché avec un homme tel que moi. Car, ce serait un marché que d’acheter mon œuvre pour une somme quelconque et d’exploiter ensuite mes droits d’auteur. Il était éditeur de musique et rien d autre. J e lui expliquai que sous cette forme je n’exigeais de lui que des avances d’argent qu’il me compterait comme honoraires sur la propriété littéraire de l’ouvrage, et que les droits d’auteur au théâtre lui serviraient seulement de gages. Ce fut à grand’peine qu’il consentit enfin à me faire ainsi des prêts successifs « sur des compositions musicales à livrer plus tard ». La forme m’était indifférente, pourvu que je pusse compter sur une somme de vingt mille francs, versée peu à peu, selon mes besoins.

Comme je me retrouvais sans ressources, après avoir payé mes dettes d hôtel à Vienne, Schott me donna des traites sur Paris. De cette ville-ci, je reçus une lettre de la princesse de Metternich, dont je ne compris pas le sens : elle ne me parlait que de la mort subite de sa mère, la comtesse Sandor, et des changements qui résultaient de ce décès pour sa famille.

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