OFFRE DES METTERNICH POUR PARIS
furent; donc conviées à cette audition. Après une seule répétition avec orchestre, je fis jouer plusieurs fragments considérables de mon opéra : l’ouverture du premier acte et la moitié du second. Le chant était tenu par Mme Dustmann. Impossible d’en douter, l’effet produit sur les auditeurs fut excellent. Ander s’était montré aussi, mais sans essayer de chanter une note de sa partie que du reste il ne savait pas. Mes amis princiers, de même que Mlle Couqui, la première ballerine, qui s’était, à mon étonnement, glissée subrepticement dans la salle, me couvrirent de chaleureux applaudissements.
Ayant appris le désir que j’avais de me retirer dans une solitude complète pour composer une nouvelle œuvre, les Metternich me dirent un jour qu’ils pouvaient m’offrir cet asile à Paris. Le grand hôtel de l’ambassade d’Autriche avait été complètement remis à neuf. Ainsi qu’on l’avait fait à l’ambassade de Prusse, le prince tenait à ma disposition un appartement agréable ayant vue sur un jardin tranquille. Mon « Érard » était encore à Paris ; si je venais à la fin de l’année, tout serait prêt et je pourrais travailler sans être dérangé. J’acceptai avec une joie non dissimulée cette aimable invitation et me préparai à régler mes affaires de Vienne afin de pouvoir partir décemment pour Paris. Je jugeai qu’à cet effet il me serait fort utile de recevoir une partie des honoraires stipulés pour Tristan et que la direction, grâce à l 'intervention de Standhartner, voulait bien me payer dès à présent. Seulement, les conditions qu on mit à cette avance équivalaient presque à une renonciation de mes droits à la représentation de 1 opéra à Vienne ; je refusai les cinq cents florins