LE COMTE SANDOR PREND MA PLACE
d’avoir négligé de me rendre chez cet ami dévoué, et cela pour obéir à de singuliers égards envers les Metternich ! Je m’empressai de me présenter chez le comte de Hatzfeld : il me confirma la triste nouvelle et m’expliqua que cette mort foudroyante provenait d’une maladie de cœur qui, jusqu’au dernier moment, avait échappé à l’œil des médecins. Par la même occasion, j’appris ce qui se passait à l’hôtel des Metternich. Le décès de la comtesse Sandor, que m’avait annoncé la princesse Pauline, avait des suites sérieuses pour moi. Dans l’intérêt de toute la famille, on surveillait comme un malade le comte Sandor, l’écervelé Hongrois bien connu. Sa femme disparue, on craignit que le veuf ne se livrât aux pires folies et, pour empêcher tout esclandre, les Metternich ne virent qu’un moyen, c’était de le prendre auprès d’eux. L’appartement qu’on m’avait réservé devenait le sien. Dans ces conditions il était évident qu’on ne songeait plus à me recevoir à l’hôtel de l’ambassade. Il ne me restait donc plus qu’à maudire le singulier destin qui m’avait rejeté dans ce néfaste Paris.
Que faire? Le plus simple était de rester provisoirement dans mon « Hôtel Voltaire » qui n’était pas trop dispendieux, et d’y achever mon poème des Maîtres chanteurs , tout en cherchant à découvrir enfin l’asile tant désiré. Cet asile n était pas facile à trouver. Mes échecs parisiens enveloppaient mon nom et ma personne comme d’une nuée grise qui semblait me rendre méconnaissable même à de vieux amis . Les Ollivier aussi parurent en être influencés. En tout cas, on trouva fort imprudent que je reparusse si tôt sur le pavé parisien. Il me fallut expliquer