S CONSEIL D’OLLIVIER AU SUJET DE LINDAU
par quelles circonstances bizarres je m'y retrouvais et assurer que je ne songeais nullement à m’y attarder. Sous ce rapport, les impressions que je reçus de la famille Ollivier étaient sans doute trompeuses; pourtant je constatai de notables changements dans la vie de mes amis. La grand’mère s’étant cassé la jambe, Ollivier avait dû la prendre chez lui, et elle s’était alitée sans espoir de guérison. L’appartement n était pas vaste , on était obligé de dîner dans la petite chambre et près du lit de la vieille dame. Depuis l’été, Blandine semblait avoir beaucoup changé i elle était triste et sérieuse , je crus remarquer qu’elle était enceinte. Émile, lui, distrait et sec, me donna cependant un conseil fort utile à propos du fameux R. Lindau.
Celui-ci m’ayant fait menacer par un avoué, afin d’obtenir de moi le dédommagement que lui avait accordé le tribunal pour sa collaboration imaginaire à la traduction de Tannhâuser , j’allai montrer la lettre à Ollivier en lui demandant ce que je devais faire : « Ne répondez pas », fut tout ce qu’il me dit. Le conseil était facile à suivre et je n’entendis plus jamais parler de cette affaire. Le cœur serré, je résolus de ne pas ennuyer les Ollivier ; et, lorsque]je leur dis adieu, Blandine me jeta un regard d’une indicible mélancolie.
Ma société se borna donc à Czermak et à la famille Truinet, avec lesquels je dînais presque chaque soir à la « Taverne anglaise »ou dans un autre instaurant bon marché du même genre. D’ordinaire, nous fréquentions ensuite un des petits théâtres que je n’avais jamais vus au temps de mes hautes aspirations parisiennes.